PROCÈS·RÉPRESSIONS



DÉCHØUKAJ PROCÈS ° 5·6·7 NOVEMBRE 2025


5, 6 et 7 novembre 2025 : Procès du déchøukaj des quatre statues coloniales


#déchøukaj  #procès  #colonialisme  #histoire

Les 5, 6 et 7 novembre 2025, s’est tenu au tribunal correctionnel de Fort-de-France, en Martinique, le procès des onze personnes mises en examen dans l’affaire du déchøukaj des quatre statues coloniales en 2020, jugées pour destruction et dégradations aggravées de biens appartenant à une personne publique. Dans une société encore structurée par les inégalités raciales, sociales et économiques héritées de la colonisation et de l’esclavage, ce déchøukaj constitue un acte de justice, de dignité et de réparation face à la banalisation, voire à l’apologie, d’un crime contre l’humanité dans l’espace public.

Ce procès ne s’est pas déroulé comme une affaire de droit commun : dès les premières audiences, il s’est transformé en une « véritable tribune autour de la mémoire, de la dignité et du rapport à l’histoire coloniale », un cours magistral d’histoire, où les déclarations des prévenu·e·s et les plaidoiries de leurs avocat·e·s ont permis aux personnes présentes — des plus jeunes aux plus ancien·ne·s — d’en apprendre davantage sur l’histoire de la colonisation de Wanakaera, devenue Martinique.

Des premiers signes de vie humaine sur l’île [évoqués par Limyèdifé dans sa déclaration] jusqu’à nos jours, ces fragments de vie partagés ont, le temps du procès, redonné souffle aux récits étouffés par le monolithe de l’histoire coloniale. Les témoignages et vécus retransmis avec conviction et émotion par la défense ont fait ressurgir les mémoires des premiers peuples connus, ainsi que celle des déporté·e·s d’Afrique et d’Asie — que les génocidaires et criminels colonisateurs avaient tenté d’anéantir — réaffirmant ainsi leur présence, leur humanité, leur résistance et leur existence.

Le 17 novembre, jour du délibéré, le tribunal a estimé que les agissements reprochés s'inscrivaient « dans une action politique ou militante entreprise dans le but d’alerter sur un sujet d’intérêt général [...] : la présence, dans l’espace public de la Martinique, d’une statuaire commémorative du colonialisme et de l’esclavagisme, crimes contre l’humanité ». Neuf prévenu·es ont été relaxé·es, et deux prévenu·es ont été reconnu·es coupables des faits de dégradation de biens publics, mais ont bénéficié d'une dispense de peine.


« Le Noir se contentait de remercier le Blanc, et la preuve la plus éclatante en est le nombre impressionnant de statues érigées dans toute la France et les colonies montrant la France blanche caresser les cheveux crépus de ce gentil Noir dont les chaînes venaient d’être brisées. »

— Peau noire, masques blancs
, Frantz Fanon — 1952

Alors qu'elle n'avait requis aucune peine lors de son réquisitoire, la procureure de la république a finalement décidé de faire appel de la décision de relaxe et de dispense de peine prononcée le 17 novembre 2025, déposant son recours à la veille de l'expiration du délai légal.
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Annonce des dates du procès et soutien de Fiona Compton, fondatrice de KnowYourCaribbean, qui a témoigné lors du procès, le 6 novembre 2025 — 3 octobre 2025


2020 ° RÉACTIONS


2020 ° LES 150 ANS DE LA RÉPUBLIQUE


« La République n’effacera aucune trace ni aucun nom de son Histoire. 
La République ne déboulonnera pas de statue. »

#impérialisme   #colonialisme   #paternalisme
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Adresse aux Français — Discours du président français, extrait en lien avec le déboulonnage des statues — 14 juin 2020


150 ans en République — Discours du président français, lors du 150ᵉ anniversaire de la république française au panthéon, extrait en lien avec le déboulonnage des statues [ extrait vidéo] — 4 septembre 2020


2025 ° RÉACTIONS


Extrait audio d’une émission télévisée en Martinique [avant le procès du 5, 6 et 7 novembre 2025] — Octobre 2025

2020 — 2022 ° RÉPRESSIONS


« Qui a effacé Quoi ? Qui efface Quoi dans cette Histoire ? »


#déchøukaj  #répression  #histoire  #mémoire

Début mai 2022, deux ans après le déchøukaj des quatre statues à l’effigie de colonialistes, la Martinique a été le théâtre d’une vague d’arrestations, dont le déploiement disproportionné des forces de l’ordre a provoqué l’indignation au sein de la population. Dès l’aube, les forces de l’ordre, par dizaines, investissent les rues du nord au sud de l’île pour interpeller les huit personnes suspectées d’y avoir participé en 2020. Sous le regard de leurs proches mis·es en joue par des gendarmes, des Martiniquais·es sont menotté·es et placé·es en garde à vue, certain·es sont déféré·es devant le parquet puis mis·es en examen pour destruction de biens d’utilité publique. Au total, onze Martiniquais·es sont visé·es par cette procédure judiciaire. 

Dans le témoignage retranscrit ci-dessous, l’une des personnes inculpées dans l’affaire du déchøukaj pose une question fondamentale, suite aux réactions qui affirmaient que ces actes de vandalisme « effacent l’histoire » : qui a effacé quoi, qui efface quoi dans cette histoire ?


QUI (A) EFFACE QUOI ?


Statue de Pierre Belain d’Esnambuc, criminel, colonisateur français qui, au nom du roi Louis XIII, a établi la domination française aux Antilles entre 1625 et 1635, en massacrant les populations locales et en y introduisant l’esclavage des Africain·es déporté·es. Martinique ~ 1970